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Historique
de notre municipalité
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Le
territoire de St-Jean-de-Matha a longtemps conservé son caractère.
Il faisait partie de l'ancienne seigneurie concédée au seigneur
d'Argenteuil en 1746. Celui-ci la perdit, cinq ans plus tard n'ayant pas
rempli ses devoirs ni construit aucun établissement . En 1741,
la Seignerie redevint partie du Domaine de sa Majesté le Roi, qui
le concéda, plus tard au sieur de Ramesay .Mais tout ce vaste territoire,
d'une lieue et demie de front sur quatre de profond, situé à
la limite nord de la seigneurie de Lanoraie, n'est
que forêt. Forêt entrecoupée de deux rivières
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importantes, servant de décharge à des lacs noirs et poissonneux,
bordés par des montagnes tantôt rondes tantôt taillées
abruptement. Les coureurs des bois, les acheteurs de limite, les travailleurs
de chantier se croyaient être à jamais les seuls à parcourir
ces vallées au sol généreux où toujours courait
un ruisseau ou une rivière. Ils parlaient aisément du grand
Lac Noir et de la rivière aux chutes spectaculaires, du bon bois d'uvre
qu'on pouvait y exploiter.
Mais personne ne s'intéressait véritablement au sol qu'il foulait.
Ce n'est qu'en 1836, alors que la population des paroisses de la plaine, Sainte-Élizabeth,
Saint-Paul et Joliette commençait à dépasser la capacité
des terres que les pères de familles, soucieux d'installer leurs nombreux
fils, commencèrent à regarder du côté des collines
du nord.
Après avoir ébauché, à peine un chemin d'accès,
quatre frères Ducharme, David, Prosper, Hilaire et Maxime, de Sainte-Élizabeth,
commencèrent à bûcher dans ce qui est devenu le rang Ste-Louise,
ainsi nommé en l'honneur de la seigneuresse d'Ailleboust, Louise-Amélie
Panet, épouse du peintre William Bercy. Comme leur implantation fut
un succès, leur exemple encourageant attira, dans les années
qui suivirent, nombre de valeureux colons désireux de s'installer.
La concession du rang Ste-Louise compte 24 habitants en 1848. Tout va bien
et rapidement! De nouvelles concessions s'ouvrent à la même époque;
celles des rangs Saint-Léon, au Pied de la Montagne et Saint-Guillaume. |
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Comme
le chef de famille Gadoury, pionnier de ce rang, s'appelait Léon, on
peut supposer qu'on en a tiré le nom pour cette concession. La concession
du rang Sainte-Julie suit de près, occupant toute la plaine presque
uniforme autour du Lac Noir. D'autres colons continuent d'affluer. De Saint-Jacques,
Saint-Liguori, Saint-Thomas aussi. Ils installent des sucreries, demandent
l'arpentage. Les rangs de Sainte-Eugénie, Sainte-Catherine et
Saint-François s'ouvrent par-delà et autour du Pain de Sucre,
cette montagne isolée |
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de quelques arpents de tour et d'environ 300 pieds de hauteur qui rappelle
la forme des pains de sucre du pays. Elle baigne ses pieds dans le lac et
la rivière noires et sa conformité en fait un point de repère
facile où qu'on soit dans la paroisse. Le colon Pascal Geoffroy, de
Ste-Mélanie, pourtant bien établi dans une demeure confortable
quittera néanmoins sa terre en 1858 afin de s'installer, avec tous
ses fils autour de lui. Il achète près de 300 arpents de terre
qu'il commence à défricher, Une belle vallée se découvre
petit à petit au confluent des rivières Blanche et Noire. Il
érige une scierie dans les rapides créés par la réunion
des rivières. L'année suivante, les maisons sont construites,
la terre ensemencée, le moulin opérationnel. A cause de ce moulin,
le seul de la paroisse, cette partie du territoire va se développer
rapidement. En moins de deux ans, toutes les terres aux alentours sont occupées
et des chemins se tracent et s'ouvrent en trois directions à la fois.
Les rangs St-Pierre, de la Rivière Blanche, de la Feuille d'Érable
et Belle-Montagne s'ouvrent à leur tour. Même s'ils sont
séparés par de grandes montagnes, le sol y laisse présager
d'excellents pâturages. Le plus gros défi consiste en la
fabrication d'une route convenable qui donnera accès au moulin
Geoffroy. |
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En 1846, tous les colons s'unissent dans une grande corvée populaire
pour tracer un vér itable
chemin, le plus droit et le plus aisé possible. L'actuelle route 131
s'est construite sur ce premier tracé, à l'exception que le
chemin principal menait directement à l'emplacement de l'église.
Jusqu'en 1852, tous les établissements des différents rangs
font partie de la paroisse de Saint-Félix-de-Valois. Pour accomplir
leur devoir religieux et répondre également à quelques
obligations civiles, les colons doivent parcourir plusieurs lieues sur des
chemins difficiles. La situation est particulièrement pénible
pour les colons qui habitent la partie nord . Depuis 1850, une école,
érigée entre les rangs Saint-Guillaume et Sainte-Louise, accueillait
les enfants de ces deux concessions. Dans cette école, des réunions
se sont tenues encouragées par le curé de St-Félix-de-Valois,
M. Proulx. Une requête adressée à Mgr l'évêque
de Montréal y fut rédigée lui demandant la permission
de bâtir une chapelle. On y demandait ainsi d'être détachés
de la paroisse de Saint-Félix-de-Valois et que les concessions soient
érigées canoniquement en cure et en paroisse. Le 9 septembre
1852, par décret de Mgr Foget de Montréal naît officiellement
la paroisse de Saint-Jean-de-Matha. Nom facilement trouvé par l'évêque
puisque les deux saints patrons Saint-Félix-de-Valois et Saint-Jean-de-Matha
avaient vécu et travaillé dans le sacerdoce ensemble! A peine
la lecture publique de l'érection de la paroisse est-elle faite que
déjà des rencontres sont organisées et des pourparlers
sont en cours pour savoir qui va donner le terrain pour l'église. Après
réflexions ce sont six propriétaires du rang Ste-Louise qui
offrent chacun une parcelle pour constituer un grand terrain de 7 arpents.
En 1854, l'église, modeste, est construite. Alexis Ayotte, André
Perrault et Onésime Clermont furent unanimement élus marguillers.
Ils représentaient les trois concessions importantes de la paroisse
:rang Sainte-Louise, Saint-Guillaume et Sainte-Julie. Le premier baptême
à y être célébré, le 17 février
est celui de Marie-Phélie, fille de Jean Rival et d'Olive Tessier.
Le premier mariage de Saint-Jean-de-Matha(qui entrera toutefois dans les
registres de Saint-Félix parce que le curé n'est pas encore
en fonction) unit Théophile Ducharme à Marguerite Tellier,
alors que le premier mariage célébré dans la nouvelle
église sera celui de Nathalie Gadoury et Joseph Tellier, le 17
mai de la même année.
La légende raconte que Louis Forget, respectable vieillard de 80 ans,
pauvrement vêtu, était venu par la pire des tempêtes de
neige de l'hiver, un 5 février, pour réciter son chapelet devant
la croix qui marquait l'emplacement de la future église. Il y demeura
malgré un froid cruel et le vent ''à écorner les bufs
" alors que les colons qui le voyaient là entre deux bourrasques
paniquaient à l'idée qu'il en meurt. Selon leur dire, personne
n'aurait pu résister à pareil temps. Les maisons craquaient
sous la tourmente. Le père Forget, non seulement survécut, mais
rentra chez lui, le plus tranquillement
de monde après sa dévotion, la neige à mi-cuisse. Mais,
au printemps, lorsque l'église fut achevée, il annonça
sa mort à ses enfants. C'était en début de carême
et le vieillard resplendissait de santé malgré son âge
vénérable. Il entendit la première messe du premier curé
: M. F. Ancé dans la toute nouvelle église et mourut , comme
il l'avait prédit, le vendredi saint de ses 81 ans. Il fut inhumé
le lundi de Pâques, comme il l'avait demandé et sa sépulture
devint la première de Saint-Jean-de-Matha.
Le 1er juillet 1855, on trouve au chapitre 100 des actes du gouvernement du
Canada, 18 Victoria, que la paroisse canonique de Saint-Jean-de-Matha, avec
ses limites connues, est déclarée municipalité sous le
même nom.
Six mois plus tard, le premier conseil municipal est formé . Il
s'agit de Gabriel Pelletier, qui devient le premier maire, des messieurs
Jean-Baptiste Robitaille, Jérémie Brault, François
Charron dit Ducharme, Onésime Clermont, Régis Robitaille
et Alexis Ayotte.
Durant les années 1860, le progrès se fait rapidement et en
profondeur. De nouveaux colons arrivent presque tous les jours pour s'établir
sur de nouvelles concessions. L'industrie se développe et Saint-Jean-de-Matha
devient un pôle d'attraction. L'établissement M.F.X. Lasalle
roule rondement.
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Tant
et si bien que la paroisse devient trop grande, surtout trop longue
et difficile à desservir. Le 20 avril 1870, on divise Saint-Jean-de-Matha
pour laisser s'ériger la paroisse de Sainte-Émélie,
troquant toute la partie nord-ouest et sud-ouest, Malgré
ce démembrement, Saint-Jean-de-Matha demeurera une municipalité
de grande étendue. À preuve: un riche joliettain qui
possédait des terres à Saint-Jean-de-Matha demanda
à Mgr Fabre de Montréal la permission de bâtir
une chapelle sur ses lots situés
à plus de 5 milles de l'église paroissiale, sur le
5ème rang de Brandon (chapelle du Sacré Coeur).
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Cette requête lui est accordée et la chapelle est solennellement
bénie, avec sa cloche et son chemin de croix, le 31 juillet
1877.Les colons des environs prendront vite l'habitude de s'y réunir
pour des prières et neuvaines et le curé d'y venir
célébrer les offices religieux.
Après la reconnaissance officielle des nouvelles limites de Saint-Jean-de-Matha,
en 1880, les Mathalois s'affairent aussitôt à la construction
d'une nouvelle église. La chapelle temporaire de 1854 étant
depuis longtemps trop exiguë. Il faudra quelque 4 ans avant que
ne soit construite et terminée l'église de pierre qui
fait depuis la fierté des paroissiens. Le 14 novembre 1886, une
dernière grand-messe marqua la fin de la chapelle alors qu'on
bénit dans l'heure qui suivit la nouvelle grande église.
L'homélie y fut prononcée.
Trois jours plus tard, Mgr l'archevêque de Montréal
se rendait à Saint-Jean-de-Matha et, entouré de vingt
prêtres, il bénit les trois grandes cloches du clocher.
L'impressionnante cérémonie avait fait se déplacer
une foule fort considérable, des mathalois, des voisins et
même des gens de l'extérieur.
C'est en 1882, à la faveur d'une élection fédérale
que le mirage du chemin de fer fut agité devant les yeux du conseil
de ville mathalois. Un budget de 8000$ fut voté pour les travaux
préliminaires qu'on disait exigés par le gouvernement.
La route fut tracée, des petits drapeaux jaunes pavoisaient même
plusieurs lots, le projet fut évalué
mais le train
ne vint pas!
Pourtant, tout semblait s'y prêter. Voici, en témoignage,
les conclusions du rapport préparé par l'ingénieur
civil M. B. Bourgeois, le 14 juillet 1882 relativement à l'implantation
du chemin de fer à Saint-Jean-de-Matha :
" La paroisse de Saint-Jean-de-Matha dont le village doit être
le terminus de la ligne projetée contient, en y comprenant celle
de Sainte-Émélie qui n'en est pas séparée
civilement, 2933 âmes disséminées sur une superficie
de 49700 arpents dont à peu près les deux tiers sont en
culture, et en général, d'un sol fertile et productif.
On y compte quatorze moulins à scie, quatre moulins à
farine et un grand nombre de grands et puissants courants d'eau encore
inexploités. Malgré certains obstacles passagers, le commerce
au détail qui se fait sur les lieux se chiffre à un montant
considérable. Quant à l'exportation probable des produits
des diverses industries, on ne pourrait s'en former une idée
même approximative avant que les marchés lui soient ouverts
par une voie ferrée, et dans le cas présent comme dans
tous ceux dont l'expérience est acquise, les résultats
sous ce rapport surprendront même les plus confiants, car il est
vrai de dire, et c'est d'ailleurs l'enseignement de l'expérience,
qu'on ne connaît les ressources et les richesses d'un pays agricole
que lorsqu'on lui a ouvert un accès facile et rapide pour exporter
ses surplus. De plus il bon de rappeler que Saint-Jean-de-Matha est
le débouché du grand chemin de colonisation qui se prolonge
dans la vallée de la Mantawa et en rapporte les produits."
Même si les " chars " sont remis à plus tard,
l'essor de Saint-Jean-de-Matha est demeuré, lui, d'actualité.
En 1881, les associés Edouard McConville et Charles Basinet entreprennent
de construire une énorme scierie dans la courbe de la rivière
Noire, à la décharge du Lac Noir. Mais les intérêts
très opposés des propriétaires riverains du Lac
viennent y mettre un frein. Ces derniers avaient obtenu du gouvernement
les argents nécessaires pour nettoyer la décharge et ainsi
éviter les inondations régulières. Comme les premiers
travaillaient à hausser le niveau de l'eau pour avoir plus d'énergie
et les seconds à le faire baisser pour récupérer
des terres cultivables,
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il s'ensuivit
un conflit judiciaire qui dura 5 ans. Mais, cela n'empêcha pas le
moulin de scier du bois et ce, dès 1882. La population en tira
avantage.
En 1888, on compte dans le village de Saint-Jean-de-Matha, des ateliers
de menuiserie, de ferblanterie, de forge, de cordonnerie, une boulangerie,
une tannerie, des bouchers, des tailleurs, des voitures, des selliers,
une fromagerie de qualité dans le village et une autre dans
le rang Saint-Guillaume, un bon hôtel, des "groceries"
et quatre magasins fort achalandés. Deux médecins et
deux notaires s'y sont installés à demeure . Sept scieries,
un moulin à farine et un autre à carde fonctionnent
sur tout le territoire mathalois. |
Et M. le curé Prévost, qui possède une belle et riche
terre entre les rivières Blanches et l'Assomption et le Mont Saint-Jean,
derrière l'église, s'affaire à la canalisation pour
apporter l'eau potable dans les maisons du village. C'est dire que rien
ne manque à la population!
La compagnie de chemin fer Canadien Pacifique s'est engagée à
exploiter le tronçon Saint-Félix-de-Valois/Saint-Jean-de-Matha
dès sa construction, alors que le gouvernement du Québec
a accordé une première allocation à une compagnie
chargée de la construction de la voie ferrée.
Pourtant, plusieurs familles quittent leur ferme pour un an, deux, ou
trois, pour le mirage des "facteries" américaines. Dans
chaque rang, ici et là, des terres abandonnées, des maisons
désertes qui attendent, certaines, pour rien, le retour des défricheurs
et des jardinières. Le miroitement d'un succès facile et
rapide, le " miracle " américain en a attiré plus
d'un qui rêvent d'une vie plus douce et plus riche. Si quelques-uns
reviennent quelque peu enrichis, la plupart reviennent plus mal en point
qu'au départ. Mais, avec des illusions en moins. Ceux qui avaient
tout vendu pour ce mirage, doivent tout recommencer alors que les acheteurs
de leurs terres sont déjà mieux installés et nantis.
Le manoir existe encore à Sainte-Mélanie et Sainte-Béatrix.
La seigneurie voisine appartenant au Sieur de Ramezay comptait beaucoup
d'immigrants anglais et écossais installés là par
le régime anglais. Or, le seigneur manquait en tous points à
ses devoirs, et ses serfs insatisfaits s'en plaignaient, Louise-Amélie
Panet a demandé et obtenu l'annexion de ce territoire à
sa seigneurie dont elle avait hérité de son père.
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